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Lung Cancer

Dépistage scanographique du cancer broncho-pulmonaire : que devons nous dire aux fumeurs et à leur médecin ?

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juillet 2019

Dépistage, Relation avec le patient

Les Français connaissent bien les freins à la mise en place du dépistage : les taux de faux positifs et les potentielles complications qui en découlent, le surdiagnostic, l’irradiation et l’anxiété induites par l’examen sont fréquemment mis en avant, même s’il existe beaucoup d’arguments pour penser aujourd’hui que ces inconvénients potentiels, fréquemment cités dans le passé, ont été extrêmement exagérés. 

Quel est l’impact de ces freins sur les médecins et les éventuels candidats au dépistage dans un pays comme les Etats-Unis très en avance sur nous puisque ce dépistage y est recommandé et pris en charge dans certaines conditions ? 

Pour répondre à cette question les auteurs de ce travail ont interrogé 12 médecins (11 médecins traitants et 1 résident) dont 8 travaillaient dans un centre académique et 4 dans  un centre de soins à San Francisco ayant en moyenne 13 ans de pratique.  Ils ont d’autre part interrogé 30 patients fumeurs ou anciens fumeurs d’âge moyen 62 ans de toutes origines et niveau social. 

Le point de vue des médecins

Bien que les médecins disaient avoir connaissance des guidelines, leur pratique n’était pas en accord avec celles-ci. Pour expliquer ces divergences  beaucoup de médecins disaient être réservés sur les recommandations qu’ils considéraient comme n’étant pas assez matures. Les trois principaux inconvénients du dépistage qu’ils mettaient en avant étaient les taux de faux positifs et les découvertes d’autres anomalies, l’anxiété potentiellement induite par le dépistage  et l’exposition aux rayons. Ils disaient également qu’ils engageaient un processus de décision partagée avec leurs malades mais qu’ils n’étaient pas à l’aise dans la communication notamment parce qu’il était pour eux difficile de conseiller un examen qu’ils considéraient comme n’étant pas parfait. 

Le point de vue des patients

La plupart des patients considèrent le scanner comme un examen acceptable et souhaitent que, s’ils ont un cancer, ils puissent le savoir le plus tôt possible. Ils comprennent que cet examen puisse avoir des faux positifs. Ils sont avertis des risques de l’irradiation et conscients d’y avoir été exposé pour d’autres examens et même dans leur environnement. Ils estiment avoir des informations insuffisantes sur ce sujet. Beaucoup de patients disent qu’ils ne feront ce dépistage que s’il est remboursé par leur assurance. 

La plupart des patients sont sensibilisés à la gravité du cancer du poumon et celle-ci est l’une des principales motivations pour le dépistage, d’autant qu’ils ont été souvent confrontés à ce cancer dans leur entourage. 

Enfin peu de patients qui ne sont pas dépistés disent qu’ils ont parlé du dépistage avec leur médecin. Ceux qui ont été dépistés rapportent avoir eu sur ce sujet une brève discussion avec leur médecin, qui mettait en avance les bénéfices et parlait peu des risques … Mais les patients qui ont été informés s’estiment cependant satisfaits de l’information reçue.  

Cet intéressant travail montre qu’aux Etats-Unis l’attitude des médecins traitants est très différente de celle des patients : les médecins savent qu’il y a des recommandations et connaissent finalement mieux les inconvénients potentiels du dépistage que ses éventuels bénéfices. Les fumeurs ou anciens fumeurs au contraire sont très informés de la gravité du cancer broncho-pulmonaire et cette gravité est pour eux la principale motivation pour accepter le dépistage s’il leur est proposé et s’il est remboursé. 

Finalement nous ne sommes pas très loin de cette situation en France où encore beaucoup de médecins surestiment les inconvénients du dépistage et beaucoup de fumeurs ou d’anciens fumeurs connaissent suffisamment la gravité du cancer du poumon pour en accepter le dépistage si on leur propose. La différence qui persiste est qu’il est possible aux USA pour ceux qui le souhaitent d’accéder à ce dépistage, alors que ce qui n’est pas le cas en France  

Notre communication doit donc encore évoluer en tentant de persuader les autorités de santé et les médecins  que ce dépistage est capable de sauver un grand nombre de vies au prix d’inconvénients qui deviennent de moins en moins importants au fur et à mesure que la littérature s’enrichit (c’est le cas notamment du nombre de faux positifs (cliquer ici), du taux de surdiagnostic (cliquer ici) et de l’irradiation potentielle (cliquer ici). Il nous faut aussi mieux informer le grand public qui, dans notre pays,  pense à tort que la survie des malades atteints de cancers de stades précoces est proche de 50% alors qu’elle dépasse 80% (cliquer ici pour un accès gratuit)

 

Reference

Real-world lung cancer screening decision-making: Barriers and facilitators.

Lowenstein M, Vijayaraghavan M, Burke NJ, Karliner L, Wang S, Peters M, Lozano A, Kaplan CP.

Lung Cancer2019; 133 : 32-37

Auteur

Bernard Milleron

Rédacteur en chef d'EM-Onco.