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European Journal of Cancer

Les maladies mentales sévères modifient le pronostic des patients atteints de cancer broncho-pulmonaire : une importante étude de registre.

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octobre 2019

Épidémiologie, Relation avec le patient

La plupart des études ont montré l’augmentation de la mortalité de toutes causes et de la mortalité liée au cancer chez les malades atteints de maladies mentales sévères. Mais la mortalité spécifique par cancer broncho-pulmonaire est-elle influencée par la coexistence de maladies mentales sévères ? Pour répondre à cette question, il n’existe pas de données très précises permettant de savoir si cette mortalité est bien augmentée et si c’est le cas si cette différence peut être expliquée par des différences de comorbidités, un stade plus élevé ou des différences de traitement. 

C’est pour répondre à ces questions qu’a été réalisée cette étude à partir du registre de données finlandais sur une période de plus de 20 ans (1990-2013) pendant laquelle ont été identifiés 37 852 cancers broncho-pulmonaires incidents. 

Les patients atteints de cancer broncho-pulmonaire étaient classés en ce qui concerne les antécédents psychiatriques en 4 catégories correspondant à  des codes pré-établis de leur registre :

-       Maladies mentales (en dehors des troubles de l’humeur) sous l’appellation « non affective psychotic disorders »,

-       Troubles liés à l’utilisation de substances toxiques 

-       Troubles de l’humeur

-       Et pas d’antécédents psychiatrique sévère.  

Parmi les personnes atteintes de cancer broncho-pulmonaire dont les données ont été recueillies dans ce registre pendant cette période :

-       13%  des hommes avaient des antécédents psychiatriques, représentés principalement par les troubles liés à la toxicomanie,

-       Et 10% des femmes avaient des antécédents psychiatriques dominés par des « non affective psychotic disorders ».

Ces troubles psychiatriques étaient très anciens allant jusqu’à un délai de 25 ans. 

Des différences significatives de survie étaient observées dans certaines catégories de patients dépendant du sexe et du type histologique : par exemple les femmes qui avaient un « non affective psychotic disorder » et un cancer bronchique à petites cellules avaient une survie inférieure à celle des patientes qui n’avaient pas de trouble psychiatrique. De même les hommes et les femmes qui avaient un cancer épidermoïde et un « non affective psychotic disorder » ou les femmes atteintes d’adénocarcinome et qui avaient des désordres liés à des troubles de l’humeur avaient également une survie inférieur à celle des patientes qui n’avaient pas de trouble psychiatrique. 

Ni les variations de stades, ni les différents types de traitements reçus ne sont susceptibles d’expliquer ces différences de mortalité et l’article se termine en posant un certain nombre de question sur le rôle éventuel des comorbidités, l’adhésion des médecins aux recommandations pour ces malades et  l’adhésion de ces malades au traitement.

Le mérite de cette étude est qu’à partir d’un registre de près de 40 000 patients on ait réussi à démontrer que de lourds antécédents psychiatriques influaient sur l’avenir de ces patients. Les réserves qu’on peut faire à l’inverse sont qu’aucune cause possible ne soit mise en avant. On pressentait que ces malades consultaient plus tard, étaient sous traités, parce qu’ils refusaient plus souvent leur traitement ou y adhéraient moins ou simplement parce que la décision thérapeutique était influencée par les croyances de leur médecin sur  la non-adhésion future de ces malades à un traitement souvent complexe et auquel il est difficile d’adhérer … Rien ne démontre tout cela… Mais au moins cet article a le mérite d’attirer notre attention sur cette problématique et de nous inciter à y réfléchir. 

 

 

Reference

The impact of severe mental illness on lung cancer mortality of patients with lung cancerin Finland in 1990-2013: a register-based cohort study.

Arffman M, Manderbacka K, Suvisaari J, Koivunen J, Lumme S, Keskimäki I, Ahlgren-Rimpiläinen A, Pukkala E.

Eur J Cancer 2019; 118 : 105-111

Auteur

Bernard Milleron

Rédacteur en chef d'EM-Onco.